Confiance ou défiance ?

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    « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent
    et une confiance inébranlable pour l’avenir. »
    (Jean Jaurès)

    Edelman Trust Barometer, étude annuelle sur la confiance dans les institutions majeures, existe depuis 20 ans. Organisée par l’agence de recherche Edelman Intelligence, elle est administrée en ligne auprès d’un échantillon global de plus de 34.000 répondants au travers de 28 pays dans le monde.

    Dans chaque pays, deux cibles sont interrogées :

    • 1.150 personnes de 18 ans et plus (« Mass population »),
    • auxquelles se cumule un public défini comme « averti » (« Informed Public »), soit en France,  200 personnes, âgées de 25 à 64 ans, ayant réalisé des études supérieures, aux revenus par foyer dans le quartile supérieur par âge et déclarant une forte consommation media et un suivi de l’actualité politique et économique plusieurs fois par semaine.


    En premier niveau de lecture, on note que la confiance des Français dans les quatre institutions étudiées reste stable, mais se situe à un faible niveau.
    En tête de classement global, figurent les ONG et les entreprises qui se maintiennent à une moyenne de 50%.
    Viennent ensuite les médias (37% de moyenne contre 36 % en 2019) et le gouvernement qui reste l’institution suscitant le plus de défiance (35%).


    Mais l’enseignement le plus notable de cette vingtième édition est l’émergence d’une division croissante au sein même de la population française : les deux segments (Informed Public Vs Mass population) manifestent en effet une confiance bien différente : si près des ¾ des premiers (74%) accordent leur confiance aux ONG, ils ne sont que 55% parmi les seconds.
    Les « Informed Public » accordent également leur confiance aux entreprises (69%), au gouvernement (54%) et aux média (56%), là où la Mass Population exprime une défiance.

    La moyenne observée de 21 points d’écart entre ces deux franges de la population est une véritable spécificité française. Cet écart de confiance entre les deux publics est l’un des plus élevés parmi tous les marchés interrogés.

    La France se classe cette année comme le pays le moins optimiste au monde, juste devant le Japon.

    Seuls 19 % des Français pensent que leur situation est amenée à s’améliorer dans les 5 ans à venir (4 points de moins que l’année dernière).


    Cette réelle difficulté à se projeter avec optimisme dans l’avenir s’exprime notamment au travers de trois tendances majeures :

    • La crainte de perdre son emploi : pour près de 9 répondants sur 10, les nouveaux modèles économiques (développement du micro-entrepreneuriat, du freelancing, l’« ubérisation » …) et la mondialisation (concurrents étrangers, travailleurs immigrés, délocalisation des emplois, etc.) constituent des risques majeurs de perte de leur emploi.

    • Les mutations technologiques sont jugées comme trop rapides pour 55% des Français et incontrôlables, notamment par un gouvernement qui ne les comprend pas (comme le jugent 61% des Français).
      Elles apparaissent comme une menace complémentaire pour l’emploi (automatisation, absence de formations adéquates) et contribuent à renforcer un sentiment d’incertitude déjà très fort.
      Une tendance qui aboutit à une chute de 10 points (la plus importante dans le monde) du niveau de confiance accordé à ce secteur par les Français.

    • La défiance face à l’information à sa qualité et à l’usage qui peut en être fait. 52 % des Français sont d’accord pour dire que les médias qu’ils utilisent sont « contaminés par des informations non fiables » quand 69 % ont « peur que de fausses informations soient utilisées comme une arme » (un chiffre en hausse de 9 points entre 2018 et 2020).


    Cette dernière tendance est confirmée par les résultats du 33° baromètre Kantar/La Croix réalisé en janvier 2020 :  Après un léger rebond observé l’an dernier, l’intérêt des Français pour l’actualité atteint son plus bas niveau historique :

    • 28% d’entre eux  assument le fait que leur intérêt pour l’actualité est  « assez  faible » (+ 4 points Vs 2019),
    • voire « très faible » (13 %, + 4 points Vs 2019).


    Effet de saturation face à l’infobésité, certain traitement de l’actualité qui crée de la distance… désormais, un peu moins de 6 Français sur 10 s’intéressent à l’actualité. 


    Ils se tournent vers des nouveaux repères de confiance, tels que les experts scientifiques (78%) ou des membres de leur communauté locale (68%).
    Deux attentes fortes apparaissent : la compétence et l’éthique, cette dernière étant d’ailleurs trois fois plus importante que la compétence pour conforter la confiance entre entreprises et citoyens.


    Autre piste d’amélioration pour les institutions désireuses de restaurer la confiance envers les citoyens : celle de la coopération entre elles. Elle permettrait de répondre aux principales peurs exprimées par les Français dans cette étude, comme par exemple la sauvegarde de l’emploi et un meilleur partage de la valeur ou encore un accompagnement dans l’adaptation aux nouvelles technologies (protection de la part de l’Etat, formation de la part de l’entreprise).

    Il conviendrait donc de « casser les silos » urgemment, entre les entreprises que les autres institutions.

    Et j’aurais tendance à ajouter : « comme dans les entreprises en interne »

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