« LE PROCHAIN MEDIA SERA LE PROLONGEMENT DE LA CONSCIENCE (…)  » (McLUHAN 1962)

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    Herbert Marshall McLuhan (1911 – 1980), intellectuel canadien, professeur de littérature et théoricien de la communication, au-delà d’être précurseur dans l’étude des médias, fut aussi un de ceux qui parvint à les vulgariser.

    Publiée en 1962 au sujet de la fin de la « Galaxie Gutenberg », son analyse du développement de ce qu’il appelait « l’interdépendance électronique » est devenue une réalité, notamment avec les réseaux sociaux : « Le prochain média sera le prolongement de la conscience. Utilisé comme outil de recherche et de communication, l’ordinateur pourrait accélérer la recherche, rendre obsolète l’organisation bibliothéconomique, donner une capacité encyclopédique à l’individu et permettre l’accès électronique à des données sur-mesure et commercialisables ».


    Aujourd’hui, selon la dernière mesure de Médiamétrie (avril 2019), 71,2% de la population française se connecte quotidiennement à Internet.
    Le temps passé par jour et par individu est en moyenne de 33 minutes sur ordinateur et de 75 minutes sur mobile, en constante hausse.
    L’utilisation des médias sociaux a augmenté de 6,5% en 1 an.

    Même si le Web, né il y a 30 ans et placé dans le domaine public en 1993 ne peut plus vraiment être considéré comme un « nouveau média »,  il est intéressant de l’observer via le prisme de la tétrade de McLuhan, formalisé dans l’ouvrage Laws of Media, publié après sa mort en 1988.

    Ces quatre lois co-existantes et non chronologiques permettent d’analyser les impacts produits par les nouvelles technologies et média.

    • Quelles améliorations le media apporte-t-il ?
    • Que rend-il obsolète ou va-t-il cannibaliser ?
    • Que permet-il de récupérer qui avait été précédemment perdu ?
    • La capacité du média est exploitée au maximum jusqu’au moment où son utilisation extrême entraîne l’inverse de ce qui a été énoncé en premier lieu.


    En 2019, 49 millions de Français achètent des biens de consommation en ligne (+0,8% sur un an), avec un taux de pénétration de 75% par rapport à la population totale.
    Le chiffre d’affaires annuel du marché e-commerce des biens de consommation en France est quant à lui, estimé à 49,4 milliards de dollars (+11% en un an).
    Si les outils digitaux (sites Web, applications mobiles, systèmes de paiement, services de livraison, etc.) rendent désormais possible la vente directe d’une production locale directement aux consommateurs en court-circuitant les distributeurs, chacun peut également trouver sur la Toile multiples recettes et tutos lui permettant de fabriquer lui-même ses produits et de fait, permettant une certaine autarcie.
    A terme, n’achèterons-nous à l’autre bout du monde que ce que nous ne saurons pas fabriquer nous-mêmes ?

    La rapidité avec laquelle Internet, les mobiles ou les smartphones ont su s’imposer dans nos usages est assez vertigineuse. Ce qui avait mis quarante ans à se déployer aux États-Unis pour atteindre une masse critique d’utilisateurs de téléphones fixes aura été atteint en moins de trois ans pour ce qui concerne les usagers de smartphones. 
    Cette transformation, au-delà de l’hétérogénéité des infrastructures existantes, a toutefois aussi engendré un décrochage d’une partie de la population. 
    Ce serait ainsi près d’un quart des Français qui éprouveraient des difficultés majeures dans l’usage même d’Internet. Ce phénomène, regroupé sous le terme d’« illectronisme », touche principalement les personnes les plus âgées, mais pas que.
    Ce malaise persistant dans l’appropriation même du numérique s’accompagne d’une fracture inverse – d’addiction – dans le rapport qu’entretient aujourd’hui une autre partie de nos concitoyens avec les nouvelles technologies.
    Dans ce domaine du numérique, la fracture ne serait plus seulement entre celles et ceux qui y ont accès et celles et ceux qui en sont exclus, mais aussi dans l’usage, qu’il en soit maîtrisé ou au contraire immodéré. 

    Conséquence directe de cette profusion d’informations mondiales accessibles en un clic, l’infobésité est une tendance forte.
    Elle se nourrit d’elle-même, toute information générant des questions sans fin et donc de nouvelles informations, rendant impossible leur traitement. Elle est un frein à l’action, en noyant les informations utiles.

    Deux pistes pour y remédier :

    • Ne pas sombrer dans le syndrôme du « on pourrait en profiter » : la tentation est grande, sous prétexte de ne rien rater, de ratisser (trop) large en terme de collecte d’informations.

    D’où l’importance de l’écoute amont des parties prenantes pour définir le type d’informations recherchées.

    • Tout se mesure sur le web : visite, taux de rebond, provenance géographique, météo du visiteurs, taux de conversion, chiffre d’affaire, etc. . Pour les exploiter, une définition d’indicateurs pertinents pour sa stratégie s’impose.

    Pour cela, on pourra avoir recours au modèle analytique (« pourquoi ? ») mais surtout avoir un regard systémique : à quel niveau agir pour faire évoluer le système dans une direction préalablement définie, aussi bien dans le cadre de la résolution de problèmes que dans le cadre du développement des potentiels.




    Sources :

    • Médiamétrie, avril 2019
    • Hootsuite et We Are Social, janvier 2019
    • Patrick Roy : Le retour de Marshall Mcluhan et l’explication de sa théorie, 1999
    • Marshall McLuhan : « The Gutenberg Galaxy : The Making of Typographic Man », 1962 / « Law of Media », 1988

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